jeudi 16 juin 2016

La dernière sorcière brûlée à Genève


Les femmes (et hommes) qui furent brûlées sur la place publique pour sorcellerie, il y a encore pas si longtemps, étaient rarement de vraies sorcières. Au mieux, il s'agissait de sages femmes ou de soigneuses, qui le plus souvent usaient de plantes, au pire, simplement de femmes qui avaient osé déplaire ou attiser la convoitise d'une manière ou d'un autre, voire les deux en même temps, et ce bien malgré elles...

Le mea-culpa de la Belgique a été l'un de mes premiers articles sur le blog, et maintenant que je me suis expatriée en Suisse, je partage avec vous le récit de la dernière exécution pour sorcellerie à Genève, que vous pourrez lire ici.

Je pique tout de même la conclusion très pertinente de Michel Porret, professeur au département d’histoire de l’Université de Genève, qui donc tape, à mon sens, très juste :

Sous l’Ancien Régime, les procès de sorcellerie traduisent la peur sociale de la maladie et de la mort par empoisonnement, dont on imputait les causes aux prétendues sorcières. Beaucoup de procès pour « maléfice » contiennent des cas d’empoisonnement. Michée Chauderon est surtout accusée d’avoir « baillé » le mal à deux jeunes filles, soit de les avoir intoxiquées avec des aliments suspects. Elle aurait aussi affligé mortellement des nouveau-nés en leur donnant des fièvres morbides. En fait, l’accusation de maléfice permet aux victimes de donner un sens plausible aux maux inconnus qui les affligent. Dans les dernières décennies du XVII siècle, le climat de peur lié aux affaires de sorcellerie s’estompe avec notamment la montée en force d’une médecine qui naturalise les pathologies du corps. Le recours au Diable comme explication causale des maux qui affligent les humains et le bétail devient anachronique. L’Édit royal de 1682, qui en France décriminalise la sorcellerie, instaure une sévère police étatique des produits toxiques. Le crime de sorcellerie est dès lors qualifié en crime d’empoisonnement.

Charmant, non ? ;)