... il y a aussi le CEETS!
Pour ceux qui ne connaissent pas encore, le CEETS est
le Centre d’Etudes et d’Enseignement des Techniques de Survie. Et l’article
affiché en fin de ma publication de ce jour a été écrit par l’un de ses moniteurs, Julien Imbert.
Il y a quelques années, j’ai fait pas mal de
recherches internet sur le thème de la “survie”. J’ai trouvé une multitude de sites et de
forums, mais celui qui m’a réellement et durablement accrochée fut Vie sauvage et Survie créé par David Manise.
Posts pertinents, une foule d’infos recoupées par des expériences vécues, un
staff vigilant et des interlocuteurs ouverts et sympas. Bref, j'ai zappé les
autres fora, je suis restée sur celui-ci...
Peu après, SURVIES.BE a vu le jour, basé dans les
Ardennes du plat pays, ce qui tombait très bien, car ne vivant à l’époque pas en
France, suivre un stage CEETS était budgétairement inenvisageable...
Une super équipe, des moments géniaux, et surtout, des connaissances théoriques
et pratiques grandies!
Voilà pour la petite intro. Revenons maintenant à l’article de Julien,
objet de cette nouvelle publication...
Il n’est pas coutume que je fasse ainsi du copié-collé,
mais j’ai trouvé cet écrit si intéressant et pertinent que j’ai voulu le
partager, d’abord sur Facebook, mais je me suis dit que, finalement, autant le
publier sur le blog, ainsi plus de lecteurs et lectrices pourront en profiter!
Pour y aller de mon petit commentaire (et expérience
perso, je précise, je ne me suis pas arrêtée à la réflexion), je me suis rendue
compte, il y a de nombreuses années déjà, par le biais de mon travail occulte, et bien
avant de connaître l’univers du “survivalisme”, que la simplicité me libérait. D'ailleurs,
j’aime beaucoup et j'utilise souvent le principe K.I.S.S., appris de Vincent D. alias Pics, instructeur de SURVIES.BE : keep it simple and stupid...
S'encombrer du “meilleur matos” se résume bien souvent à se borner à répondre à un rituel ne reposant sur rien de concret, nous faisant croire que posséder tel ou tel outil fera de nous super(wo)man (on n'est plus très loin de l’effet grigri non plus...), alors que neuf fois sur dix, on reste dans notre imaginaire, à mille lieux de la réalité!
A l’instar du domaine survivaliste, c’est un travers
des plus courants en matière d’arts et sciences occultes comme tout ce qui
touche à la spiritualité. Ce mythe comme
quoi l’outil fait le mage ou le sorcier... alors que la seule chose à laquelle
il amènera au final, c’est à la frustration dans le meilleur des cas, au
casse-pipe dans le pire...
En matière de sorties bushcraft, et particulièrement
lors de mon stage 12/36 (tenir 36h en forêt, nuits incluses, avec uniquement le contenu d'un sac de 12 litres et une gourde),
j’ai appris, par l’expérience vécue, entre autre chose ceci :
- Un petit sac tout léger et dans lequel tout entre
au centimètre près, c’est génial. Jusqu’à ce qu’il fasse nuit, qu’on doive monter son bivouac en urgence, qu'on est trempé parce qu'il pleut des cordes, qu’on crève la
dalle et qu’on cherche désespérément son réchaud tout au fond de son sac rikiki en
essayant tant bien que mal de ne pas faire rouler tout le reste de son matos en
bas du talus sur lequel on a du se poser... pour finalement, en désespoir de
cause, bouffer le contenu de sa gamelle froid...
- Un poncho compressible et léger, juste assez grand pour
faire mini tarp, ça va bien avec le sac.
Surtout sur ce même talus, toujours dans le noir, et qu’on entend un
grand crac, parce que le super tissu léger du poncho n’a pas encaissé la
tension exercée par le piquet! Piquet bien entendu en aluminium, bien léger lui aussi,
qui a beaucoup fait rire, si je puis dire, les épines de conifères jonchant le
sol... car, pour ceux qui l’ignorent encore, conifères = terrain acide = sol mou... Visualisez donc un piquet en aluminium, genre Twiggy, et un bon gros piquet en bois taillé grossièrement, et vous comprendrez plus aisément la problématique...
- La bâche de sol en une matière dont j’ai oublié le
nom, hyper compressible et légère (on continue sur la lancée!), qui se déchire
dès la moindre contrariété, démentant de fait les dires du fabricant. Sans même parler des pieds mouillés (et le
reste) le lendemain, parce que, au choix, les pans s’envolent, s’enroulent...
Et j'en passe... Bref, laissons la parole au CEETS, et en l'occurrence à
Julien, qui va nous décortiquer tout ça bien mieux que moi!
La théorie du Gros
Pour la petite histoire, j’aime beaucoup cuisiner en
outdoor. Et c’est grâce à ça que j’ai commencé à réfléchir dans mon coin, à
initier les prémices de la théorie du gros. Le problème devait être (je ne me
le rappelle plus très bien) quelque chose comme : quelle bonne méthode pour un
risotto sur le terrain à partager avec mon pote Corin. J’ai pensé aux
transvasements, aux partages, avec nos petite gamelles et la petite bouilloire.
Puis j’ai repensé aux préparations d’eau en bivouac hivernal, aux grosses gamelles
qu’on utilise à la place des micromugs.
Une grosse gamelle qui passe au feu, pour le temps de
cuisson. À peu près à la même époque j’ai commencé à arrêter de donner des
stages avec mon petit sac à dos ou tout rentrait au chausse-pieds, pour me servir
de mon gros karrimor, quitte à le laisser à moitié vide. Plus pratique, plus
rapide, pour bourrer sans effort et tout faire rentrer, avoir le temps de
s’occuper des stagiaires.
Avec en tête ce petit message de Camp, sur le forum de
David Manise, renonçant à ses recherches d’optimisation :
"Suite au stage de Die et à quelques discussions
très instructives, je suis en train de revoir complètement mon matériel, me
rendant compte que s’il était bon pour quelques jours en touriste, face à une
situation engagée il ne valait pas tripette:
*- Exit le Camp
Tramp, la scie Fiskars et le SAK (en faveur d’une petite lame de 20 g . et d’une pelle Cold
Steel)
*- Exit le Mug Titane de 70cc et le réchaud à alcool
Vargo (en faveur d’un réchaud à bois* et d’une gamelle de 2 litres )
*- Exit le sac rikiki où tout est calculé au
millimètre pour un vaste fourre-tout… qui peut servir de pieds d’éléphant
*- Exit les multiples sacs et boites diverses en
faveur d’un bidon étanche de 24
litres
*- Exit les Nalgenes de 1 litre (qui pèsent autant
q’une MSR de 6 litres )
*- Rajout d’une doublure de poncho pour une
utilisation multi-fonction
*- Inclusion de l’aspect chasse
En calculant bien (je n’en suis pas encore au bout) la
plupart de ces changements n’ont qu’une incidence minime sur le poids mais
offrent des améliorations substantielles en terme de sécurité, d’autonomie et
de polyvalence.
Ainsi le passage au réchaud à bois offre une capacité
de chauffage et de production d’eau quasi illimitée (fonte de
neige/purification) en plus de pouvoir préparer des aliments secs types pâtes
complètes bio ou légumineuses très intéressants pour leur valeur énergétique et
leur ratio poids/calories.
J’ai rétrospectivement l’ impression d’avoir oublié
une partie des leçons apprises à B.O.S.S. et de m’être petit à petit chargé de
gadgets inutiles tout en faisant impasse sur des éléments essentiels. La démo
de Pépé à Die a été une claque très salutaire."
Conclusion : il faut du gros. J’avais toujours été
gros sac synthétique plutôt que plume. Avec le sursac en plus. Et je me
retournais des listes de "gros" indispensables, dans la tête. Mais un jour est venu ce stage en Touraine.Il
pleuvait tellement que les stagiaires creusaient des tranchées autour de leurs
abris pour ne pas être noyés pendant la nuit. J’étais avec Guillaume sous une
grosse bâche apportée par l’ami Jeff. Nous nous sommes enflammés. "Tu vois
! Il faut une GROSSE Bâche ! Un GROS poncho ! Un GROS schlass ! " On s’est
échauffés l’un l’autre pendant un bon quart d’heure comme ça et la théorie du
gros était née, enfin verbalisée.
La théorie du gros, c’est simple :
Si un item est vital et que t’as autre chose à foutre
que te bichonner, prend le GROS !
En vacances, par exemple, en randonnée, on est là pour
se bichonner. Avec un petit sac, où tout est calé au poil de cul, bien
imbriqué, fragile mais léger, on est là pour se faire plaisir, porter pas trop
lourd. Oui mais si quelque chose tourne mal, si on doit s’occuper de quelqu’un
qui a un souci, est-ce toujours le temps de l’auto-bichonnage ? Est-ce toujours
les vacances ? Est-ce le moment de perdre du confort parce qu’on n’a plus le
temps de tout faire aux petits oignons ? Non, non et non.
C’est le moment où nous avons besoin d’équipement
facile à déployer, efficace sous stress, pas trop sensible au mauvaises
manipulations. Du gros.
Une grosse bâche. 3 X 3 mètres . Ou 4 X 3 mètres . Avec de gros
oeillets biens solides, dans lesquels passer un ficelle (grosse, qu’on arrive à
attraper même avec des gants) ne donne pas l’impression d’enfiler une aiguille
à coudre. Une bâche sous laquelle mettre plusieurs personnes. Que l’on peut
tendre en hauteur, suffisamment pour être debout dessous, mais sans être
mouillés si la pluie tombe à l’oblique. Une bâche sous laquelle on peut se
changer vite, étaler le contenu de son sac par terre, faire un feu pour sécher
ses vêtements…
Un gros sac de couchage en synthétique qui isole même
mouillé, même dessous, malgré l’écrasement dû au poids de corps, dans lequel on
peut faire sécher ses sous vêtements, qui va tenir le coup sans entretien dans
des conditions mauvaises plusieurs jours de suite.
Un gros poncho vraiment étanche. Dont on sait que si
on le met, "c’est bon". Qui ne s’envole pas au vent. Qui ne perds pas
son imperméabilité au bout de 20 heures de pluie cumulées. Qui peut servir de
tapis de sol quand tout est trempé par terre, sans souffrir de l’usure.
Une grosse gamelle dans laquelle on peut faire
bouillir beaucoup d’eau d’un coup sans y passer des heures, sans manipulations
fastidieuses. Pour avoir beaucoup à boire, faire fondre beaucoup de neige. Pour
cuisiner pour une bande de copains. Ramasser beaucoup de cendres, de plantes ou
de flotte.
Un gros sac à dos dans lequel tout rentre sans souci,
sans jouer au puzzle, et dans lequel on peut porter le matériel du voisin, ou
qui sert de pied d’éléphant pour dormir.
Une grosse lame. Un gros couteau, une hache ou une
pelle. Pour débiter du bois sec sans y passer des heures et sans manipulations
fines. Parce que quand il nous faut des calories, le rendement compte.
Un gros briquet, un gros fire steel, un gros allume
feu bien puissant. Parce que lorsqu’il faut faire du feu pour se réchauffer,
les doigts sont gourds et fonctionnent mal. Et que dans ces cas de figure, le
feu n’est pas du folklore.
Un gros pull, un gros bonnet, une grosse doudoune
synthétique, pour répondre brutalement et efficacement aux problèmes
d’hypothermie, sans se poser de questions.
Une grosse outre qui permet de régler le problème de
l’eau une bonne fois. Sans avoir être pleine obligatoirement (et qui sert
d’oreiller pour la nuit !).
Un gros pansement compressif efficace. Facile d’emploi et accessible. Vital. Un
modèle qui nous est familier.
Ce sont des objets simples. Pas les plus chers (et
plus ils sont gros, moins ils le sont, en général). Plus lourds que leurs
homologues optimisés, oui bien sûr. Plus encombrant, dans l’absolu.
Mais cet ultra simple, ce gros, est d’une telle
efficacité qu’il dispense de beaucoup de mini compléments. Il procure
l’essentiel, mais comme c’est un essentiel généreux, c’est un essentiel plus
confortable que la somme d’une multitude plus légère. Dont on se dispense, ce
qui fait baisser l’écart de poids avec une liste de matériel léger.
Et surtout, c’est un essentiel qui libère la tête, et
permet de se consacrer à d’autres choses. Au travail, aux autres, à
l’environnement. Lorsque les solutions sont si efficaces, les problèmes ne
durent qu’une fraction de seconde. Le fonctionnement du travailleur est assuré.
Il peut donc se consacrer pleinement au travail.
Merci Julien!
