vendredi 15 juillet 2016

Si vis pacem para bellum

Vous voyez l'épée. Mais voyez plutôt le forgeron et son labeur...


"Si tu veux la paix, prépare la guerre". On attribue le plus souvent cet adage au romain Végèce, dans son traité de stratégie militaire, datant du Ve siècle. Mais j'avoue, je ne m'y connais pas plus en histoire qu'en politique, je ne m'étendrai donc pas plus sur ce point. Ce qui n'est de toute façon pas le but de cet article.

Cet adage, on l'interprète généralement comme suit : la paix s'obtient à condition d'être en capacité d'affronter l'adversaire, si toutefois une attaque ennemie survient. Il s'agira ici d'une paix armée. Ce qui est somme toute plutôt logique. Et c'est probablement le sens que lui accordait son auteur. Ou pas que. Personne ne le saura jamais. A moins que le Professeur Tournesol ne ne nous offre un petit voyage dans le passé afin de taper la discute avec monsieur Végèce...

C'est ce que je disais naguère à une amie avec qui l'on regardait un film, et qui n'a pas su retirer tout l'enseignement possible de celui-ci pour la simple et bonne raison que "oui, mais ce n'est pas ce que le scénariste à voulu dire" : tout l'intérêt d'un support didactique est d'en tirer la substantifique moelle, d'en faire l'engrais qui nourrira notre réflexion, et in fine, notre travail de développement personnel.

Alors, qu'entend-je, en tant qu'occultiste initiée, tantrika et yogini pratiquante, par "si vis pacem para bellum" ? C'est très simple, comme toujours. Mais pas facile, comme toujours. On va jouer aux questions-réponses, ce qui aura l'avantage de clarifier rapidement les choses...



Qu'est ce que la paix ?


La paix, ce n'est pas une question de politique, de frontières fermées ou ouvertes. Ce n'est pas plus la non-violence, ou le pays des bisounours, ou le paradis perdu. Et ce n'est toujours pas l'absence de souffrance, contrairement à ce que l'on aimerait croire, ni l'absence de difficultés, et certainement pas l'absence d'efforts. Car qu'on le veuille ou non, "en chier grave" est notre meilleur outil d'évolution. Que cela ne nous plaise pas, la dite évolution s'en cogne royalement !

La paix, c'est l'état de sagesse, de sérénité et de pleine puissance (ou de maîtrise, la vraie, celle qui rime avec Connaissance). Je pourrais dire aussi d'équilibre, mais faut il encore que l'on comprenne que l'équilibre n'est pas quelque chose de figé (rien ne l'est dans la nature, observez-la et vous vous en rendrez compte!), mais le fruit de constants déséquilibres et rééquilibrages. Un peu comme le funambule sur sa corde raide et son balancier qui lui permet de rester en équilibre, justement, et d'avancer. Ou comme l'oiseau qui joue du vent capricieux pour voler où bon lui semble. Bref, un mouvement perpétuel qui lui seul créé et permet la vie.



Qu'est ce que la guerre ?


La guerre, non, je ne parle pas de celles qui défraye les chroniques, qui fait couler le sang des nations, qui se cache derrière la "religion" ou les turpitudes politiques. Je parle de la guerre originelle, qui est la source de toutes les autres : notre guerre intérieure.

La guerre naît du chaos, et qu'est ce que la vie, macrocosmique (à l'extérieur, ou plutôt au-delà, de nous et qui nous englobe) et microcosmique (à l'intérieur de nous), sinon un chaos perpétuel, à comprendre un combat permanent entre les forces (qui dépassent l'humain et l'incarné) qui nous entourent et nous habitent ?

Mais ce chaos permet la vie. En d'autres terme, sans chaos, point de vie. Car le chaos est ce fameux mouvement, cet équilibre-déséquilibre permanent, cette force et énergie de vie et d'évolution... Le chaos originel EST la source de tout vie !

Anéantir le chaos, si tant est que cela soit possible, reviendrait à anéantir la Vie. Démarche aussi absurde qu'inutile. Et entrer dans un rapport force avec lui (sans mauvais jeu de mots) ne vaut guère mieux. Pourquoi ? Je prends un exemple on ne peut plus limpide : vous ne pourrez pas soumettre un cheval avec votre seule force physique, lui qui fait au moins cinq fois votre poids, et en muscles qui plus est ! Par contre, si vous parvenez à l'apprivoiser, la donne change... Vous voyez où je veux en venir ?



Qu'est ce que la préparation (à la guerre) ?


Voilà comment on apprivoise un cheval : on apprend à le connaître, le comprendre et on travaille avec lui plutôt que contre lui. Et progressivement, c'est avec zèle et plaisir qu'il répondra à notre volonté. Et bien, le chaos, et donc les forces qui les créent, c'est pareil.

Se préparer à la guerre (= au chaos), c'est avant tout développer sa conscience. C'est-à-dire poser tous ces actes qui demandent des efforts SUR SOI, et de fait nous cassent les pieds au point de nous pousser à la procrastination, parce que "de toute façon c'est pas en travaillant sur moi que le monde ira mieux !". Certes, si on reste tous dans le déni et qu'on y prend racine (c'est tellement plus commode), rien ne changera jamais. Et comme le changement, ça commence par soi... Comme la vie, comme le chaos, tiens donc...

Se "préparer", c'est développer sa conscience. Et pour cela, une seule recette : apprendre à connaître dans le menu et le détail les forces qui nous habitent, celles que nous gérons et utilisons efficacement (nos "qualités") et celles qui nous dépassent (nos "défauts"), comment elles interagissent entre-elles, ce qu'elles produisent et ce qui en résultent. Bref, les apprivoiser, pour, non plus en faire des ennemis à combattre (indéfiniment), mais des alliés obéissants et aimants. Oui, aimants, car l'amour soulève des montagnes. Ce qui signifie qu'apprendre à se regarder en face, à s'assumer, à se comprendre, à se connaître, à se prendre en main, c'est aussi apprendre à... s'aimer (soi-même). Sans concession, sans condescendance, sans aveuglement, sans mièvrerie, Simplement s'aimer. Et avancer.

Voilà ce que signifie pour moi "si vis pacem para bellum". Et pourquoi c'est l'un de mes adages favoris.